Le virage de la Maison ERE 132

De vitrine de l’écoconstruction à espace collaboratif

À la croisée du parcours historique et contemporain des Jardins de Métis, la Maison écologique ERE 132, certifiée platine de LEED® est une vitrine d’excellence en écoconstruction qui a été réfléchie, conçue et bâtie entre 2010 et 2015 par une myriade d’intervenants d’ici.

« On souhaitait construire un incubateur pour les créateurs. Parallèlement, un projet de maison pour valoriser l’écoconstruction dans la région allait être développé sur un terrain privé, par Créneau Écoconstruction. »

Pour Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis, c’était l’occasion idéale pour collaborer avec le créneau régional. Ensemble, ils ont prouvé qu’il était possible de réaliser une maison écologique, en mettant en valeur les ressources d’ici — le bois étant à l’honneur — et où il fait bon de vivre. Depuis, des milliers de visiteurs de passage aux jardins ont été sensibilisés à l’écoconstruction.

Ouverte au public que quelques mois par année, le Mitis Lab y a vu une opportunité de concrétiser sa mission, soit de générer des synergies interdisciplinaires et ainsi favoriser l’émergence d’un écosystème d’innovation qui met de l’avant les savoirs existants et émergents au coeur du territoire. C’est donc dans cet esprit que la maison écologique s’est transformée en espace collaboratif, où des acteurs de changement d’ici et d’ailleurs sont invités à tisser des liens, se questionner, co-créer et innover en nature.

Une maison biophile

Le confort est indéniable à la maison ERE 132, il y a un je ne sais quoi dans l’air! Aux dires de l’architecte principale du projet, Marie-Hélène Nollet, la non-présence de matériaux contenant des émanations de COV (produits chimiques), l’excellente aération, les entrées de lumières naturelles et l’importante présence du bois, ont un impact sur notre bien-être. Ce sont là des composantes de l’architecture biophile.

Le terme biophilie (biophilia) a d’abord été proposé par le biologiste Edward O. Wilson. Il désigne l’affinité innée de l’homme pour le vivant et les systèmes naturels.

Ce terme est parfois adopté dans le domaine de l’architecture et il fait référence à une conception qui se rapproche ou qui imite (écomimétisme) les conditions d’un environnement naturel. De fait, certaines recherches démontrent que les humains ont tendance à trouver des solutions qui leur permettent de préserver les aspects biophiliques dans leur milieu de vie. À titre d’exemple, la biophilie peut consister à :

  • favoriser l’intégration de la lumière provenant du soleil;
  • maximiser les vues sur des éléments de la nature;
  • imiter des motifs qui se rapprochent de formes ou de patrons présents dans un environnement naturel.

Selon Marie-Hélène, les avantages associés à l’architecture biophile sont difficilement mesurables, mais certainement notables. Un sentiment d’apaisement, un élan de créativité et une concentration affûtée ont été observés par les visiteurs. Dès lors, comment expliquer le bien-être ressenti lorsqu’on travaille dans un environnement sain, près de la nature?

En grande partie, notre cerveau n’a pas évolué en milieu urbain. Le rythme accéléré de la vie urbaine est source de stress. « Nous en constatons les conséquences sur le cerveau et le comportement des gens qui ont grandi dans une ville ou qui y vivent, expliquait David Suzuki, dans un article à ce sujet.» La vie urbaine s’accompagne d’un besoin constant de filtrer l’information, d’éviter les distractions et de prendre des décisions. Il semble que l’hyperconnectivité à la technologie n’épargne pas les gens qui vivent en milieux rural! En bref, nous donnons à notre cerveau peu de temps pour récupérer.

Comment ralentir le rythme? Le psychologue cognitif David Strayer avance que « le fait d’être dans la nature permet à notre cortex préfrontal, le centre de contrôle de notre cerveau, de ralentir et de se reposer, à la manière d’un muscle surmené ».

La maison écologique est donc un endroit propice pour expérimenter de nouvelles manières de travailler et s’offrir des pauses bien méritées au cœur des jardins.

Un milieu de vie à l’échelle du territoire

Non seulement la maison représente à elle-même une cellule saine grâce à sa composition biophile, mais elle se rattache mieux que jamais à son territoire. Les prochains travaux d’aménagement de la cour extérieure, une réalisation d’Appareil Architecture, auront notamment pour objectif de repenser l’espace de travail conventionnel. La communauté sera invitée à travailler dehors! La rivière, actuellement inaccessible, sera à l’avant-plan, grâce à des estrades mises à disposition pour la contempler. Le contact avec l’eau, sous toutes ses formes, est salutaire pour notre santé et notre bien-être. Selon les recherches du biologiste marine Dr Wallace J.Nichols, auteur de Blue Mind, la proximité à l’eau peut améliorer les performances, augmenter le calme et diminuer l’anxiété.

L’ensemble des travaux extérieurs et le réaménagement intérieur de la maison en espace de travail suivent leur cours : de nouveaux mobiliers conçus par des fabricants québécois, notamment Élément de Base et la Coop ETABLI ont pris part au décor. Des espaces fermés, alloués à la détente ont été aménagés et mis à la disposition aux membres du Mitis Lab. Nous croyons que l’intelligence collective passe par la transmission des savoirs, mais aussi par le bien-être des individus qui la façonne. Des activités régénératrices, telles que du yoga, des camps et nano-retraites aux jardins seront ajoutées à la programmation du Mitis Lab.

S’inspirer de la nature pour créer le futur

Inspiré par la diversité de l’écosystème qui nous façonne — résultats de 3,8 milliards d’années d’évolution de la biosphère — nous croyons que la nature a beaucoup à nous apprendre, ne serait-ce que de par sa capacité à collaborer en systèmes hyperconnectés d’individus et d’espèces diversifiés. De là, l’idée de créer un laboratoire d’innovation en nature, un espace de mitissage des savoirs territoriaux et émergents pour façonner l’intelligence collective de demain. Enfin, nous espérons que l’espace collaboratif du Mitis Lab devienne le berceau de conversations audacieuses et d’idées porteuses de changement.

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À propos de l’auteur

Rédactrice et photographe indépendante, notamment pour Beside Magazine, aussi directrice de la programmation au Mitis Lab, Catherine Bernier use de sa créativité pour éveiller les gens à la conscience de soi, collective et environnementale. Originaire de Sainte-Flavie, elle entretient une relation significative avec le territoire naturel et collectif de La Mitis.

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